Discussion autour de la lecture
Nous étions 8 à notre rencontre mensuelle autour de la littérature et le cinéma mercredi 18 mars
prix Jean Giono et prix Renaudot des lycéens 2024
Olivier Norek s'écarte du polar pour signer un roman historique percutant. Norek braque le projecteur sur la guerre d'hiver déclenchée en novembre 1939 lorsque l'union soviétique envahie la Finlande seul conflit actif pendant quelques mois en Europe pendant que l'Allemagne Nazie pousse ses pions. L'écrivain raconte la ténacité d'un peuple et de son armée que la Russie imaginait voir plier en une dizaine de jours.
Le parallèle avec l'actualité en Ukraine est évident mais Norek ne dévit jamais de sa ligne historique et de la figure centrale de son roman : Simo Hayha "la mort blanche" tireur d'élite finlandais d'exception devenu légende vivante.
1939 Staline fera croire que la guerre est le résultat de l'agresseur la Finlande. On nous décrit un monde où l'Homme est atteint de cécité et de mutisme. Simo un personnage complexe ne s'extrait du chaos humain que par sa communion avec la forêt. Une belle place est accordé à la nature dans ce roman. Autour de lui d'autres hommes entrent au contraire "en harmonie avec le chaos humain" quand "les lottas" ces femmes engagées volontairement dans l'armée finlandaise incarnent une forme d'espoir face à l'horreur. Le portrait de Lena porte une figure magnifique dans l'horreur
Au coeur du plus mordant des hivers au coeur de la guerre la plus meurtrière de son histoire Norek nous plonge dans un récit humaniste .
Son 6ème roman de la romancière et psychanalyste qui interroge ce qu'aimer signifie dans un monde sans pitié pour les perdants
Dans les années 1980 Alexis et Margaux 9 ans copains de classe inséparables grandissent à l'abri du confort discret de belles villas helvètes au bord du lac Leman. Un jour au moment où tout le monde s'affaire dans le jardin pour la fête d'anniversaire d'Alexis, Margaux se jette dans le lac sous les yeux de celui ci. Sauvée de justesse par Henri le père d'Alexis, la fillette sait qu'à partir de là rien ne sera comme avant. Un pacte secret se noue entre les deux enfants transformant peu à peu leur amitié en passion naissante....jusqu'au jour où Margaux et sa mère disparaissent laissant Alexis inconsolable. Les deux jeunes gens vont suivent des trajectoires tout à fait opposées. L'un sacrifiant ses idéaux sur l'autel de la réussite, l'autre renonçant à l'amour pour la littérature.
Dans ce roman choral qui galope sur 4 décennies, brassant les existences des 2 personnages qui mettront une vie pour se retrouver et s'aimer Sarah Chiche tisse une grande fresque émotionnelle passant en revue les vanités d'une époque sur laquelle pose un regard tranchant. Deux questions cruciales parcourent le livre : qu'arrive t il quand on abandonne ses idéaux de jeunesse? L'amour est il soluble dans l'ascension sociale ?
Dans la premier moitié du livre on suit la route d'Alexis brillante réussite professionnelle dans un milieu aisé et mariage en forme de business plan avec l'ambitieuse Adéle
Margaux suit son lot de déconvenues. Pour se consacrer à l'écriture sans se soucier du matériel elle se fixe à un port d'attache plutôt qu'à un choix de coeur.
Alors quand les constats sont tirés, à quoi faut il, renoncer pour se ressembler enfin?
Quand après bien des péripéties Alexis et Margaux se retrouvent au hasard d'une rue, la cinquantaine arrivée, le bilan n'est pas brillant mais la vibration entre eux est intacte.
Ce livre parle du formatage de la famille et l'implication de la famille et des blessures familiales sur les choix de vie.
Sarah Chiche avec le recul er l'ironie analytique qui la caractérise aborde des questions cruciales
"plein de vie plein d'énergie on a pas envie de quitter le livre"
Il s'agit du cinquième titre dans la chronologie de la saga Kingsbridge qui couvre les années 1792 à 1824
Nous suivons des personnages dans le contexte de la guerre contre les armées napoléoniennes omniprésente dans ce roman.
Cette Angleterre de la fin XVIIIème et du début XIXème laisse voir une "lutte des classes" extrêmement féroce entre ceux qui possèdent le pouvoir( avec de capitaux gagnés par l'exploitation des hommes) et les prolétaires qui n'ont que leur force de travail à vendre sans avoir voix sur les décisions les concernant puisque justice et pouvoir législatif sont aux mains des puissants.
Dans la partie I (1792-11793) on montre le monde des fileurs et drapiers. Puis arrive le machinisme à Kingsbridge ce qui amène le regroupement des ouvriers dans les fabriques sous la férule des patrons. On assiste à la répression patronale contre les prolétaires travaillant dans les manufactures.
C'est un roman qui décrit l'injustice et le poids des personnes puissantes, évoque le déterminisme social et les bouleversements sociétaux lié à la révolution industrielle et son corollaire la mise en place d'un système industriel capitaliste
Stéphanie Perez est grand reporter pour France télévision depuis 20 ans. Elle est allée plusieurs fois en Iran et à couvert les conflits Irak Syrie et Ukraine. C'est son premier roman.
Sur l'impulsion de la troisième épouse du chah d'Iran, Farah Pahlavi et de son cousin Kamran Diba est inauguré en grande pompe le 13 octobre 1977 le musée d'art contemporain de Théhéran Comportant environ 300 oeuvres et parcourant les oeuvres impressionnistes Gauguin Monet Picasso etc mais aussi la crème de l'art américain d'après guerre de l'expressionnisme abstrait au pop art c'est un trésor qu'avait acquis le gouvernement du chah depuis les années 1970. Mais l'Iran de l'époque ne se résume pas aux paillettes. C'est un pays aux inégalités criantes où règne la censure et une redoutable police d'état qui emprisonne les opposants. Autant d'éléments qui feront le lit de la révolution islamique de 1979. Les mollahs brûlent tout ce qui représente le modèle occidental vanté par le chah déchu désormais en exil .
Seul dans les sous sol du musée, son gardien Cyrus Farzadi tremble pour ses toiles. Au milieu de chaos, le jeune gardien des quartiers ouest qui encore quelques années plus tôt ne connaissait rien à l'art convoque ses souvenirs. Il raconte ainsi la splendeur et la décadence de son pays à travers le destin incroyable de son musée.
A 25 ans à peine Cyrus endosse les habits un peu grand d'un gardien d'un trésor à protéger contre l'ignorance et le fanatisme.Pendant 30 ans la collection d'art occidentale jugée subversive sommeille dans les réserves. Le musée rouvre ses portes qu'en 2000. EN 2004 le nouveau directeur démissionne. Depuis le musée vivote. L'actualité actuelle présage un drame pour ce patrimoine sous les missiles américains et israéliens
Une série de tableaux qui explore les liens qui unissent un frère et une soeur Gilles et Claire. L'une a quitté le cantal à la fin de l'adolescence l'autre est resté pour faire vivre la ferme familiale
Un langage de tendresse de soin qui rappelle ce que Marie Helene Lafon appelle "le socle commun, le patrimoine immatériel bourré de sensations" que les enfant élevés sous le même toit ont en partage. Ce lien fraternel primordial et ce qu'il en advient est l'une des matières de Hors champ.
Annie Ernaux analyse sa propre vie : de l'enfance à l'âge adulte, de jeune fille pleine de rêves en femme gelée. Elle y raconte ce que c'est qu'être une fille, une femme, une mère dans une société qu'elle juge encore patriarcale. Elle relate la découverte des différences sociales entre les femmes et les hommes, la violence de cette inégalité. Le livre revient sur le délitement de son mariage et son rôle d'épouse dans les années 1970.
"beau témoignage sur les aspirations d'enfant qui ne trouvent pas place dans sa vie de femme au foyer imposée par son mari dominant"
Prix Nobel Elle écrit simplement des choses de la vie arasante de la femme. Témoignage sociologique
Gabrielle Filteau-Chiba Chiba est né en 1987 au Quebec. Elle fait des études à Laval En 2013 elle quitte son emploi et le vie agitée de Montréal pour aller vivre dans une cabane dans la forêt
L'opération Bivouac : Son objectif empêcher un projet d'oléoduc qui doit traverser les terres du bas saint Laurent et menace de raser une forêt, véritable bijou de biodiversité. Anouk bientôt rejointe par Raphaelle et ses Alliées de la ferme Orléane, se lance à corps perdu dans la défense du territoire. La lutte s'annonce féroce car là où certains voient une nature à protéger d'autres voient une ressource à exploiter peu importe le coût.
Gabrielle Filteau-Chiba renoue avec ses personnages de marginaux sensibles et libres et signe un grand roman d'amour et d'aventure sur la défense de l'environnement
1er roman lauréate du prix littéraire rentrée littéraire 2024
Le livre raconte, dans une alternance de vers libre et de prose, un face à face, pour ne pas dire un corps à corps entre une maitre de maison Blaise, mutilé de la première guerre mondiale ancien pianiste accablé d'amertume et sa domestique. Madame s'est absentée plusieurs jours pour une partie de chasse, Monsieur supplie alors son employée de l'aider à mourir. Berenice Pichat recourt à une pluralité de voix pour évoquer le dilemme moral des personnages, mais aussi les conditions de travail des employées de maison, et la condition féminine des années 1930.
La graphie fait partie intégrante de la construction du récit "bouleversant"
Pourquoi certains ne pensent qu'à s'envoyer en l'air? C'est le cas de Thomas Pesquet spationaute qui a passé plus de 400 jours loin de la terre. C'est aussi celui d'Etienne Klein , qui ne se contente pas d'étudier l'Univers en physicien et de l'interroger en philosophe, mais pratique aussi l'alpinisme. D'où leur vient. leur "pulsion d'altitude"? Pesquet raconte ses sensations lors d'une mission en orbite, réfute les accusations des écologistes contre l'exploitation cosmique, avoue qu'il n'est pas candidat pour aller sur Mars. Klein, qui ne fréquente le cosmos qu'en pensées, se permet des envolées spéculatives Il affirme que le désir d'explorer le cosmos vient de la physique moderne, qui contredis l'expérience des sens et cherche des lois au dessus de notre planète. C'est le paradoxe de notre monde. En affirmant qu'il faut se méfier de ce que nous observons et expliquer le réel avec des outils mathématiques les sciences nous ont éloignés de lui. Loin de se présenter en surhomme tutoyant les étoiles et devisant sur notre misère trop humaine le spationaute et le philosophe insistent sur les aspects les plus concrets de leur vécu. Cette conversation n'est donc ni un credo de conquête, ni une atermoiement sur notre fragilité. Elle réconcilie la science et la vie
Nous avons peu évoqué nos découvertes cinématographiques
un film conseillé Le crime du 3eme étage de Rémi Bezançon comédie policière. Je suis allée le voir après notre rencontre super film
Orwell 2+2=5 documentaire de Raoul Peek très bon documentaire sur l'aboutissement technologique des outils de communication pervertis par les nouveaux totalitarismes
Les rayons et les ombres de Xavier Giannoli une longue et intense plongée dans les perfidies de la collaboration sour le régime de vichy. fiction brillante et. scrupuleusement documenté (8 ans de recherches historiques par le réalisateur) sur la propagande
Notre prochain rendez vous le 15 avril 2026 15h au bistrot du musée
Bonne lecture à bientôt Nicole